Tu connais LGBTQ+ mais tu bloques sur « aromantique » ? Tu entends « stud » ou « GM » dans la communauté et tu nods sans vraiment savoir ? T’as déjà entendu parler de kuchu, de madivinez, de yan daudu — et tu t’es demandé d’où ça vient ?
Ce lexique est fait pour toi. Pour nous. Parce que la communauté noire queer a un vocabulaire qui lui appartient — entre les mots venus des Antilles, de l’Afrique, de la diaspora, et ceux qu’on a réappropriés pour se nommer nous-mêmes. Se nommer, c’est exister. Avoir les mots, c’est avoir le pouvoir de se défendre, de se reconnaître, et de se trouver dans les autres.
Voilà tous les termes — sans jugement, sans hiérarchie, avec leurs histoires.
À LA BASE
LGBTQ+ / LGBTQIA+ — essentiel
Sigle qui rassemble toutes les personnes dont l’orientation sexuelle ou l’identité de genre sort de la norme hétéro et cisgenre. Chaque lettre représente une identité :
L — Lesbienne — femme attirée par des femmes
G — Gay — homme attiré par des hommes
B — Bisexuel·le — attiré·e par son genre et d’autres genres
T — Trans — identité de genre différente du genre assigné à la naissance
Q — Queer — terme parapluie ou posture politique de refus des cases I — Intersexe — caractères sexuels qui ne rentrent pas dans la binarité mâle/femelle
A — Asexuel·le — peu ou pas de désir sexuel + — Toutes les identités qui ne rentrent pas dans les cases ci-dessus
« Le + dans LGBTQ+, c’est pas un détail — c’est toute la place qu’on laisse à ceux et celles qu’on n’a pas encore nommé·es. »
Queer — essentiel
À l’origine une insulte anglaise (« bizarre », « tordu »), aujourd’hui réapproprié. Peut désigner toute identité hors hétérosexualité et/ou cisgenre, mais aussi une posture politique de refus des normes binaires. Chez nous, c’est souvent les deux à la fois.
« Queer c’est la case où je mets tout ce qui ne rentre pas ailleurs. »
Coming in — essentiel
Le moment où une personne met des mots sur ce qu’elle ressent et reconnaît sa propre identité — pour elle-même, avant tout le monde. C’est l’étape intérieure, avant le coming out.
« Mon coming in a duré des années. J’avais les mots mais je me les refusais encore. »
Coming out — essentiel
Parler de son orientation sexuelle ou de son identité de genre à d’autres personnes. Il n’y a pas un seul coming out dans une vie — il y en a des dizaines. Et ce n’est jamais une obligation.
« Je refais mon coming out à chaque fois que je rencontre quelqu’un de nouveau. C’est épuisant, et c’est notre réalité. »
Être out — essentiel
Avoir fait son coming out dans un contexte donné. On peut être out avec ses amies mais pas au travail — ou l’inverse. Chaque espace est différent.
« Je suis out avec mes amies, pas encore avec ma famille. Je choisis mes batailles. »
Outer / outing — essentiel
Révéler l’identité LGBT+ de quelqu’un sans son consentement. C’est une violence. En France, c’est une atteinte à la vie privée punissable par la loi.
« Outer quelqu’un c’est lui retirer son droit de choisir quand et à qui se révéler. »
Safe space / safe place — essentiel
Espace — physique ou social — où les personnes LGBT+ se sentent en sécurité, acceptées, sans avoir à se justifier. Ça peut être un bar, une asso, un groupe d’amies, une famille choisie.
« L’Afro Brunch Queer, c’est un safe space. T’arrives et tu souffles enfin. »
Allié·e — essentiel
Personne qui ne subit pas de discriminations LGBT+phobes mais qui lutte contre elles. Les allié·es ont souvent accès à des espaces et des pouvoirs que les personnes concernées n’ont pas.
« Être allié·e c’est pas juste mettre un arc-en-ciel sur sa photo de profil. C’est prendre des risques. »
ORIENTATIONS SEXUELLES & AFFECTIVES
Lesbienne — universel
Femme attirée affectivement et/ou sexuellement par d’autres femmes. Le mot reste politique — le revendiquer, c’est refuser l’effacement.
« Je suis lesbienne et je le crie, même là où on essaie de nous faire taire. »
Gay — universel
Homme attiré affectivement et/ou sexuellement par d’autres hommes. Peut aussi être utilisé comme terme générique pour les personnes homosexuelles.
« Il a mis des années avant de se dire gay à lui-même. Le coming in c’est souvent le plus dur. »
Homosexuel·le — universel
Terme générique désignant une personne attirée par des personnes du même genre. Souvent utilisé dans les contextes officiels ou médicaux. Dans le langage courant, on préférera lesbienne ou gay.
« Le mot homosexuel c’est souvent les institutions qui l’utilisent. Entre nous, on dit lesbienne, gay, queer. »
Bisexuel·le / Bi — universel
Personne attirée par des personnes de son genre et d’autres genres. La biphobie — y compris dans les espaces queers — est réelle. On n’a pas à choisir.
« On me dit que je dois choisir, mais ma bi-itude ne se négocie pas. »
Pansexuel·le / Pan — universel
Personne attirée par d’autres personnes indépendamment de leur genre. La différence avec la bi : la pan ne fait pas de distinction de genre du tout — le genre n’est pas un facteur dans l’attirance.
« Pansexuelle, ça veut dire que c’est la personne qui m’attire, pas son genre. »
Asexuel·le / Ace — universel
Personne qui ressent peu ou pas de désir sexuel. L’asexualité est un spectre. À ne pas confondre avec asexué·e (sans organes sexuels).
« Asexuelle ne veut pas dire froide, brisée ou en attente de la bonne personne. »
Demisexuel·le — universel
Personne qui ne ressent du désir sexuel qu’envers quelqu’un pour qui elle a déjà des sentiments forts. Fait partie du spectre asexuel.
« Je pensais que tout le monde fonctionnait comme moi. Découvrir le mot demisexuelle a tout changé. »
Aromantique / Aro — universel
Personne qui ressent peu ou pas de sentiments amoureux romantiques. Orientation affective et sexuelle sont deux choses distinctes.
« Aromantique ne veut pas dire incapable d’aimer. Ça veut dire que l’amour romantique n’est pas mon langage. »
Sapiosexuel·le — universel
Personne attirée avant tout par l’intelligence, quel que soit le genre de l’autre.
« Ce qui m’allume d’abord c’est une conversation qui me fait réfléchir. Sapiosexuelle, donc. »
IDENTITÉS & EXPRESSIONS DE GENRE
Cisgenre / Cis — genre
Personne dont l’identité de genre correspond au genre assigné à la naissance. Être cis ne dit rien sur l’orientation sexuelle — on peut être cis et lesbienne, cis et gay, cis et bi.
« Cis c’est pas une insulte — c’est juste le mot pour dire que ton genre ressemble à ce qu’on t’a assigné à la naissance. »
Transgenre / Trans — genre
Personne dont l’identité de genre ne correspond pas au genre assigné à la naissance. Trans n’a rien à voir avec l’orientation sexuelle. Une femme trans est une femme, un homme trans est un homme — point.
« Elle est trans. Ça veut juste dire qu’elle est la femme qu’elle a toujours été, maintenant reconnue. »
Non-binaire / Enby — genre
Personne qui ne se reconnaît ni strictement comme homme ni strictement comme femme. La non-binarité est un spectre. Les invisibiliser c’est une forme de violence.
« Non-binaire c’est pas une mode. C’est des personnes qui ont toujours existé et qu’on a juste refusé de voir. »
Gender-fluid — genre
Personne dont l’identité de genre n’est pas fixe — elle peut varier entre féminin, masculin ou autre. Ce n’est pas de l’indécision, c’est une identité à part entière.
« Certains jours je suis pleinement dans mon côté féminin, d’autres dans un espace entre les deux. Gender-fluid, ça me colle. »
Bigenre — genre
Personne qui s’identifie à deux genres — simultanément ou alternativement. Fait partie du spectre de la non-binarité.
« Je suis bigenre — je suis femme et quelque chose d’autre en même temps. Les deux sont vrais. »
Demigirl — genre
Personne qui s’identifie partiellement comme femme. Forme de non-binarité.
« Demigirl c’est être femme à moitié — l’autre moitié appartient à quelque chose que le mot ‘femme’ seul ne capture pas. »
Demiboy — genre
Personne qui s’identifie partiellement comme homme. Forme de non-binarité.
« Demiboy — il y a du masculin dans mon identité, mais c’est pas tout moi. »
Intersexe / Intersexuation — genre
Personne née avec des caractères sexuels qui ne rentrent pas dans la définition binaire mâle/femelle. Ce n’est pas une maladie — c’est une variation naturelle. Entre 1,7% et 4% de la population est intersexe.
« L’intersexuation existe depuis toujours. C’est notre regard binaire sur les corps qui crée le problème. »
Dyadique — genre
Personne qui n’est pas intersexe. Un mot pour nommer la norme sans en faire une supériorité.
« Dyadique c’est le contraire d’intersexe. Un mot neutre pour nommer ce qui est souvent invisible parce que considéré comme ‘normal’. »
Stud — universel
Terme issu de la culture noire américaine — lesbienne noire à l’expression de genre masculine ou androgyne. Pas un simple synonyme de « butch » : il porte une histoire culturelle et raciale spécifique.
« Une stud c’est pas juste un look, c’est une énergie, une façon d’être dans l’espace. »
Tomboy — universel
Expression de genre féminin avec des codes dits « masculins ». Peut être une identité assumée ou juste une façon de se décrire sans se définir complètement.
« J’ai toujours été tomboy — sneakers, jogging, cheveux courts. Ma famille a mis du temps à comprendre. »
Fem / Femme — universel
Expression de genre féminine assumée chez une personne lesbienne ou queer. Être femme ce n’est pas être « hétéro » — c’est un positionnement identitaire à part entière, souvent invisibilisé.
« Je suis femme et lesbienne. Mon rouge à lèvres c’est pas pour les hommes. »
Expression androgyne — genre
Expression de genre qui n’est ni féminine ni masculine — ou qui mélange les deux. Une façon d’habiter le genre qui brouille les codes binaires.
« Mon look androgyne c’est pas une tendance. C’est moi qui m’exprime en dehors des cases. »
Drag Queen — genre
Personnage aux codes féminins exacerbés, joué dans le cadre d’un spectacle. Le drag est un art militant — en surjouant le genre, il révèle à quel point le genre est une construction.
« Une drag queen sur scène c’est pas une personne trans. C’est une artiste qui joue avec les codes du féminin. »
Drag King — genre
Personnage aux codes masculins exacerbés, joué dans le cadre d’un spectacle. Même logique militante que la drag queen.
« Les drag kings dérangent parce que des femmes qui jouent avec la masculinité ça remet tout en question. »
Passing — genre
Être perçu·e comme appartenant à un groupe dans lequel on n’a pas grandi. Terme issu du racisme et du colonialisme. Aujourd’hui surtout utilisé pour les personnes trans perçues comme cisgenres — avec toutes ses limites.
« Le passing c’est un concept qui a ses limites — parce qu’il suggère que t’es pas vraiment ce que tu es. »
Mégenrer / mégenrage — genre
S’adresser à une personne avec des pronoms ou un prénom qui ne correspondent pas à son identité de genre. Involontaire ou non, c’est une violence. Volontaire, c’est puni par la loi.
« On continue de me mégenrer au boulot même après que je l’ai signalé. C’est épuisant d’exister à ce prix-là. »
Deadname — genre
Prénom donné à la naissance à une personne qui l’a changé. L’utiliser sans son accord, c’est un acte transphobe puni par la loi.
« Son deadname, c’est un mot mort. On n’y touche pas. »
Transition — genre
Ensemble des démarches pour s’affirmer dans son identité de genre. Sociale, administrative, médicale. Chaque parcours est unique — une personne trans n’a pas à transitionner pour être légitime.
« La transition c’est pas devenir quelqu’un d’autre. C’est enfin être soi. »
Dysphorie de genre — genre
Détresse ressentie face à l’inadéquation entre le genre assigné à la naissance et son identité de genre réelle. Toutes les personnes trans ne la ressentent pas — elle n’est pas une condition pour être trans.
« La dysphorie c’est réelle, et c’est violent. Mais elle ne définit pas qui on est. »
Euphorie de genre — genre
Sentiment de joie et de bien-être qu’on ressent quand son identité de genre est reconnue et affirmée. L’opposé de la dysphorie.
« La première fois qu’on m’a appelé par mon vrai prénom — cette euphorie là, rien ne me l’enlèvera. »
Cisnormativité — genre
Système qui présente le fait d’être cisgenre comme universel et naturel. Ça exclut, efface et blesse toutes les personnes trans et non-binaires.
« La cisnormativité c’est quand un formulaire n’a que ‘M’ et ‘F’. C’est quand tu dois t’expliquer pour exister. »
DISCRIMINATIONS & VIOLENCES
Homophobie — discrimination
Discrimination envers les personnes homosexuelles ou supposées telles. Souvent utilisé pour les hommes gays — la discrimination envers les lesbiennes a son propre mot : lesbophobie.
« L’homophobie tue. Ce n’est pas une figure de style. »
Lesbophobie — discrimination
Discriminations spécifiques envers les personnes lesbiennes — invisibilisation, érotisation pour le regard masculin, violences. Elle se nourrit à la fois de l’homophobie et du sexisme.
« La lesbophobie c’est quand ton existence est ignorée ou réduite à un fantasme masculin. »
Biphobie — discrimination
Discrimination envers les personnes bisexuelles — y compris dans les espaces queers. Prend souvent la forme du « t’es pas vraiment bi » ou « choisis ton camp ».
« La biphobie vient parfois de la communauté LGBT+ elle-même. C’est douloureux d’être rejeté par les siens. »
Transphobie — discrimination
Discrimination envers les personnes transgenres — dans la rue, les institutions, les familles. En France, les personnes trans n’ont pas les mêmes droits que les personnes cis dans plusieurs domaines.
« La transphobie c’est pas juste des insultes. C’est aussi refuser des soins, un logement, un emploi. »
Enbyphobie / Embyphobie — discrimination
Discrimination envers les personnes non-binaires — souvent sous forme d’effacement ou de forçage vers une identité binaire.
« L’enbyphobie c’est souvent ‘mais t’es quand même une fille ou un garçon ?’ Non. »
Acephobie — discrimination
Discrimination envers les personnes asexuelles. Dans une société qui fait de la sexualité active une norme, les personnes ace sont souvent moquées, incomprises ou pathologisées.
« ‘T’as juste pas encore trouvé la bonne personne.’ C’est de l’acephobie, même bien intentionnée. »
Panphobie — discrimination
Discrimination envers les personnes pansexuelles. Souvent liée à la méconnaissance — confondue avec la bisexualité ou considérée comme « trop » inclusive.
« La panphobie commence par ‘pan c’est quoi exactement ?’ dit sur un ton condescendant. »
Intersexophobie — discrimination
Discrimination envers les personnes intersexes — souvent sous forme de chirurgies non consenties à la naissance pour « normaliser » leur corps.
« Des opérations pratiquées sur des bébés intersexes sans leur consentement. C’est de l’intersexophobie institutionnelle. »
LGBT+phobies — discrimination
Terme générique pour l’ensemble des discriminations envers les personnes LGBT+. En France, les agressions physiques ont augmenté de 28% depuis 2021. En 2022, 45% des jeunes LGBT+ de moins de 25 ans avaient envisagé le suicide.
« Les LGBT+phobies ne sont pas des opinions. Ce sont des violences punies par la loi. »
TERMES ANTILLAIS
GM — Garçon Manqué — Antilles
Terme utilisé aux Antilles pour désigner les femmes à l’expression de genre masculine. Aujourd’hui revendiqué avec fierté dans la communauté.
« On m’a toujours appelée GM dans le quartier. Maintenant je le porte comme une couronne. »
Makoumè — Antilles
Terme créole antillais, historiquement péjoratif, désignant un homme gay ou efféminé. En cours de réappropriation par des membres de la communauté queer antillaise.
« On nous traitait de makoumè dans la rue. Maintenant on le porte comme un drapeau. »
Madivinez — Haïti
Terme créole haïtien désignant les femmes qui aiment les femmes. Chargé d’histoire, en train d’être réapproprié par la communauté queer haïtienne.
« Les madivinez, on existait bien avant que le mot ‘lesbienne’ arrive ici. »
Mati — Suriname / diaspora
Terme surinamais désignant une pratique de relations entre femmes, souvent parallèlement à des relations hétérosexuelles. Pas forcément une identité au sens occidental — c’est une pratique qui défie nos catégories.
« Le mati remet en question nos cases : on peut aimer les femmes sans se définir comme lesbienne. »
TERMES AFRICAINS & DIASPORA AFRICAINE
Kuchu — Afrique de l’Est
Terme issu de l’Ouganda, utilisé en Afrique de l’Est pour désigner les personnes LGBTQ+. Neutre, communautaire, symbole de résistance face aux lois qui criminalisent l’existence.
« Être kuchu en Ouganda, c’est risquer sa vie. Et pourtant la communauté tient. »
Skesana / Injonga — Afrique du Sud (Zoulou)
Termes zoulou désignant des rôles dans les relations entre hommes — skesana (rôle plus féminin) et injonga (rôle plus masculin). Ces identités existent depuis des siècles, bien avant que l’Occident arrive avec ses catégories.
« L’homosexualité n’est pas ‘importée d’Occident’ — skesana et injonga en sont la preuve. »
Yan daudu — Afrique de l’Ouest (Haoussa)
Dans la culture haoussa (Niger, Nigeria), les yan daudu sont des hommes qui adoptent des codes féminins. Une identité de genre fluide qui précède nos catégories contemporaines de plusieurs siècles.
« Les yan daudu existaient et étaient respectés. La colonisation a changé ça. »
Chibados — Angola
Terme angolais désignant des personnes de genre non-conforme, souvent figures spirituelles. Preuve que la fluidité de genre était intégrée dans de nombreuses cultures africaines précoloniales.
« Avant qu’on nous dise que c’était honteux, les chibados étaient des figures sacrées. »
Ce lexique est vivant — la langue évolue, les communautés se réapproprient leurs mots, de nouveaux termes émergent. Si un terme te manque ou si tu penses qu’une définition est à corriger, écris-nous. Ce glossaire t’appartient autant qu’il nous appartient.
